Nucléaire : le nouvel âge de la sûreté

La chaire RESOH se propose de mieux connaître les organisations qui interviennent dans la filière et les risques propres à leurs interactions.

Texte

Parce que la sûreté nucléaire ne repose pas seulement sur des procédures et des systèmes automatiques, aussi sophistiqués soient-ils, mais sur des femmes et des hommes, sur des organisations, la nouvelle chaire industrielle créée en mars 2012 par Mines de Nantes entend donner une dimension nouvelle à ce concept.

Professeur en management des organisations à risques à l’Université de Nantes (laboratoire du LEMNA) et responsable de cette chaire baptisée RESOH (Recherche en Sûreté Organisation Hommes), Benoît Journé considère que nous entrons dans le troisième âge de la sûreté nucléaire. Il y eut d’abord l’idée qu’elle reposait sur les seuls dispositifs techniques automatiques. Mais un jour un scénario considéré comme totalement improbable s’est produit, et ce fut la catastrophe de Three Mile Island, en 1979. On en a tiré l’enseignement que le facteur humain pouvait fragiliser le système, et l’on a renforcé les règles, amélioré la surveillance des automatismes. Puis Tchernobyl, en 1986, a démontré que c’était encore insuffisant car elle a mis en cause la responsabilité, non de l’homme, mais de l’organisation : un ordre insensé tombé du haut de la hiérarchie, auquel il avait fallu se plier. Certes, cela se passait dans le régime soviétique finissant, mais on doit en tirer des leçons sous toutes les latitudes.

Un écosystème

Car le risque lié aux organisations est à prendre d’autant plus au sérieux qu’elles sont devenues de plus en plus complexes. Cette évolution altère notamment le premier des principes de sûreté établi par l’AIEA et l’ASN selon lesquels l’exploitant d’une installation est responsable à 100 %  de sa sûreté. « Comment faire quand 2 000 salariés travaillent sur une centrale nucléaire, employés par plusieurs entreprises sous-traitantes, avec, derrière, des contrats commerciaux, des enjeux financiers ? », s’interroge Benoît Journé.

Pour répondre à cette question, et d’abord mieux connaître le quotidien de ces organisations, la chaire RESOH entend créer un « observatoire des pratiques », qui se penchera sur la complexité organisationnelle, sur les risques de dilution des responsabilités. « La sûreté est désormais le produit d’acteurs multiples qui forment un écosystème, explique Benoît Journé. J’essaie de promouvoir ce concept parce que la sûreté s’améliorera dans un dialogue entre les organisations. »

Cette  chaire industrielle a pour partenaires fondateurs le groupe AREVA, DCNS  et l’IRSN, l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire. « Nous avons mis deux ans à faire aboutir ce projet, reconnaît Benoît Journé, car il n’était pas évident de faire travailler ensemble un institut qui participe au contrôle et deux industriels contrôlés. Mais finalement, au regard des enjeux de sûreté, ne sommes-nous pas tous dans le même bateau ? » Quant au risque de voir l’initiative étiquetée « lobby nucléaire », Benoît Journé répond que l’objectif n’est pas de promouvoir le nucléaire mais de contribuer à en améliorer la sûreté. Il précise de plus que les partenaires ne financent pas directement la chaire, mais le fonds de dotation de l’École. « Ils agissent dans le cadre du mécénat, ce qui signifie qu’ils renoncent à la propriété intellectuelle des résultats  »

Plus tard, la chaire pourrait d’ailleurs s’élargir à d’autres membres, y compris hors de la filière nucléaire. « Car le nucléaire nous oblige à poser des questions scientifiques qui ne sont pas spécifiquement nucléaires », remarque Benoît Journé.

Publié le 01.02.2013

par e-Talents Mines Nantes

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