Projet ClimatVeg d’adaptation au changement climatique : vers une irrigation plus efficiente

IMT Atlantique participe à un vaste projet destiné à optimiser les pratiques agricoles et à les adapter à la nouvelle donne du climat. L’école effectue notamment des recherches visant à concevoir des réserves d’eau de pluie efficientes pour améliorer les conditions d’irrigation.

Épisodes de canicule, tempêtes, inondations… Le dérèglement climatique perturbe les cultures et inquiète les agriculteurs. Comment adapter le végétal à la nouvelle donne ? Quelles productions, quelles méthodes de travail privilégier ? C’est pour tenter de répondre à ces questions qu’a été lancé en 2021 le projet ClimatVeg. Porté par Vegepolys Valley, le pôle de compétitivité dédié au végétal, et financé par les régions Bretagne et Pays de la Loire, ce programme d’envergure regroupe plusieurs filières agricoles et plus de 20 actions complémentaires faisant appel à des disciplines variées. Au total, quelque 80 partenaires sont impliqués : chambres d’agriculture, centres de recherche, groupements de producteurs…

IMT Atlantique contribue pour sa part à ClimatVeg via son département Systèmes Energétiques et Environnement (DSEE) qui apporte au projet son expertise en matière de traitement et de qualité des eaux. Il planche ainsi sur un sujet clé pour le monde agricole : l’efficacité de l’irrigation. « Nous cherchons à voir comment récupérer l’eau, la stocker, et faire en sorte qu’elle soit disponible à tout moment - et notamment l’été - en quantité suffisante pour répondre aux besoins, tout en préservant sa qualité », explique Valérie Héquet, enseignante-chercheuse au DSEE.

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Le marais flottant
ClimatVeg : le bassin couvert
ClimatVeg : analyses par les étudiants
ClimatVeg : analyses par les étudiants

Trois types de bassins pour comparer les résultats

Pour cela, l’équipe s’appuie sur un site expérimental original, installé à la Maison des maraîchers, à Pont-Saint-Martin, près de Nantes. Celui-ci comporte des serres dont les eaux de ruissellement sont récupérées, pour être stockées dans trois bassins d’environ 200 m3 chacun, équipés d’instruments de mesure. Le premier est laissé à l’air libre ; un autre est muni d’un tapis en fibre de coco sur lequel poussent des plantes aquatiques, formant une sorte de « marais flottant » ; le troisième reçoit une couverture synthétique constituée de plaquettes de plastique, destinée à freiner l’évaporation. Objectif : comparer les résultats obtenus avec les trois types de bassins, sur une série de paramètres : quantité d’eau évaporée, mais aussi teneur en oxygène, présence d’espèces ioniques, de matières organiques, de matière en suspension, micro-plastiques, présence de pesticides…

« Nous élaborons des modèles d’évaporation, basés sur des bilans entrée-sortie, et fonction des conditions météo (vent, ensoleillement…), indique Valérie Héquet. Et parallèlement, nous réalisons un suivi aussi précis que possible de la qualité biologique et chimique de l’eau. » A terme, les partenaires de cette action, coordonnée par la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, prévoient de rédiger un guide pratique à l’usage des professionnels, avec différents volets en fonction des types de culture, de la technologie employée, de la biodiversité…

Un cas d’étude pour les élèves-ingénieurs

ClimatVeg : un projet de recherche impliquant des étudiants

L’école profite en outre du dispositif pour faire plancher ses étudiants de la filière Energie-Environnement (3ème année) sur le projet, à raison d’une demi-journée par semaine. Les élèves effectuent des prélèvements, relèvent les données, étudient les modèles d’évaporation, mesurent les pesticides aéroportés ou les micro-plastiques. « C’est un travail très concret, qui les aide à prendre conscience des limites des modèles théoriques, observe la chercheuse. Il leur permet aussi de rencontrer les acteurs professionnels, et de découvrir les aspects réglementaires. »

Après deux années d’expérimentations et de mesures, de premiers enseignements commencent à apparaître. Exemple : dans le bassin équipé d’un « marais flottant », les plantes ne manquent pas de nutriments : « Elles végètent en hiver, connaissent un pic de croissance au printemps, puis se recroquevillent l’été, relève Valérie Héquet. Mais la biodiversité est préservée. » Pour affiner ses observations, l’équipe a besoin de 2 ou 3 ans encore - notamment pour comparer les résultats obtenus d’une année sur l’autre. « En réalité, il n’y aura pas de solution unique, indique Valérie Héquet : chacune présente ses caractéristiques et ses avantages en réponse à l’usage que l’on souhaite donner à cette ressource en eau. »

Se posera aussi la question des usages multiples - les loisirs, la pêche, la lutte contre les incendies… - notamment dans le cas de réserves de grandes dimensions, les fameuses « bassines ». Un sujet sensible, comme l’a montré l’actualité récente… Auquel ces travaux apporteront des références concrètes et partagées avec les acteurs de l’eau et d’autres filières du végétal tel que les horticulteurs.

ClimatVeg en labo

ClimatVeg devrait ainsi aboutir à un certain nombre de préconisations pour les agriculteurs, à travers la co-conception de scenari avec des agriculteurs, le choix des végétaux cultivés, les pratiques agronomiques ou d’irrigation : diminuer la consommation d’eau pour certaines productions, recourir à des cultures alternatives… De quoi améliorer l’efficience de l’irrigation et les pratiques agricoles. Comme le constate Valérie Héquet : « C’est un sujet complexe, qui a été encore peu exploré pour le moment. » Un sujet en pleine actualité.

Publié le 14.03.2024

par Fabienne MILLET-DEHILLERIN

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