Ecolog : des ressources pour former les ingénieurs à une informatique responsable

Proposer en open source, à compter de la rentrée prochaine, un ensemble de ressources pédagogiques (syllabus, modules, MooC, outils, etc.) dédié au numérique « responsable », à l’intention des ingénieurs de tous profils : telle est l’ambition d’Ecolog, une initiative qui regroupe des experts de toute la France.

Si les préoccupations environnementales et les questions énergétiques occupent une place croissante, l’impact du numérique est rarement évoqué. Pourtant, le numérique représente 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Et ce chiffre risque de doubler d’ici à 2025. Ordinateurs, smartphones, objets connectés et autres data centers sont en effet particulièrement gourmands en électricité. Et le phénomène ne peut que se renforcer avec l’essor constant du numérique dans tous les domaines.
Depuis quelques années, diverses initiatives sont apparues pour tenter de limiter l’empreinte énergétique du numérique avec le Shift Project et l'Institut du Numérique Responsable (INR). C’est dans ce contexte que l’INR et la Filière informatique nantaise, qui regroupe l’Université de Nantes, IMT Atlantique et Centrale Nantes, se sont associés pour répondre au défi de la sobriété numérique, dans son acception la plus large.

Pour cela, ils ont choisi de s’attaquer au problème à la racine : dès la formation des ingénieurs. L’initiative, unique à ce jour en France, est baptisée Ecolog. Elle vise à mettre sur pied un corpus de formations « complémentaires », disponibles en open source, et dédiées à l’informatique responsable.
« Il est en effet très important que les filières d’ingénieurs participent à l’avènement d’un numérique plus sobre et plus éthique, en apportant aux étudiants les outils et les compétences approfondies qui leur permettront de faire baisser l’empreinte carbone dans toutes leurs actions - depuis les achats jusqu’à la conception de logiciels, l’hébergement des données ou l’utilisation de l’intelligence artificielle,» explique Thomas Ledoux, directeur de la Filière informatique nantaise, professeur à IMT Atlantique et pilote du projet.

Ecolog : des ressources pour former les ingénieurs à une informatique responsable
Élèves et Thomas Ledoux, professeur à IMT Atlantique et pilote du projet Ecolog

Un ensemble complet de formations pour la rentrée 2022

Concrètement, Ecolog proposera donc une dizaine de syllabus de modules pédagogiques représentant chacun une vingtaine d’heures de cours - l’équivalent de trois journées de formation continue. Parmi ceux-ci, un tronc commun de modules « généralistes », destinés à des ingénieurs de tous profils, et traitant de la problématique du numérique responsable, des achats responsables, de stratégie numérique… D’autres modules, plus ciblés, seront dédiés à des métiers spécifiques de l’ingénieur informaticien : développeurs, chefs de projet, data scientists, spécialistes IA, ingénieurs fullstack, designers UX/UI, ingénieurs IoT... Les écoles, mais aussi les entreprises auront accès librement à ces ressources.

Initiée en septembre dernier, Ecolog est organisée à travers quatre sous-groupes de travail (1-état de l’art, 2-tronc commun, 3-métiers, 4-référentiel) qui se coordonnent régulièrement sous la responsabilité de 3 co-pilotes issus de l’enseignement supérieur et/ou de l’écosystème du numérique responsable. L’objectif étant d’aboutir à un corpus complet, assorti d’un site web, pour la rentrée prochaine, en septembre 2022. Par la suite, cet ensemble pourrait donner naissance à des fiches RNCP (1) et à des certifications, à un ou plusieurs MOOC, voire à un véritable cursus « numérique responsable ». Pour réaliser ce travail, une quarantaine d’experts des quatre coins de la France planchent depuis septembre, de manière bénévole. Tous disposent d’une solide expérience et sont particulièrement motivés. La réalisation d’un référentiel de compétences et des bonnes pratiques constitue une de leurs tâches prioritaires.

Les entreprises de plus en plus concernées

« Bien sûr, il est difficile d’évaluer avec précision quel peut être le gain procuré par une informatique «frugale ». Tout dépend du compromis que l’on accepte. En utilisant des services « dégradées » (par exemple un site Web plus sobre, des calculs d’itinéraires moins sophistiquées, des constructions d’images 3D moins soignées), il est possible de réduire l’empreinte carbone d’environ 20 % - et même de 50 % en utilisant une énergie renouvelable. Des économies très significatives sont donc réalisables,» explique Thomas Ledoux qui souligne .
« Dans le cas de la blockchain Ethereum, par exemple, 70% des scripts déployés ne sont jamais appelés : il suffirait de modifier ce mode de fonctionnement pour  diminuer de 60 % l'espace de stockage minimal pour chaque participant. Et par effet domino, cela conduirait à une diminution très importante de la consommation énergétique de la blockchain, celle-ci étant répliquée par tous ses participants ! »

D’ores et déjà, Ecolog suscite un réel engouement. De nombreux partenaires soutiennent l’initiative : des institutions académiques (Télécom Paris, universités de Grenoble, Lille, Lyon, Nantes, Pau, Rennes…), des entreprises de services (CapGemini, Sopra-Steria, CGI), des start-ups, des sociétés de banque (Crédit Agricole) ou d’assurance (MAIF), des institutionnels comme la Dinum (2)… l’Ademe (3) et la région Bretagne, quant à elles, contribuent à son financement. Et d’autres acteurs continuent de s’engager aux côtés d’Ecolog. De leur côté, les entreprises se mobilisent de plus en plus sur la question du numérique responsable. Elles sont désireuses de recruter des profils d’ingénieurs mieux formés, capables de prendre en charge cette problématique. Et elles souhaitent qu’elle soit intégrée dans la formation des futurs ingénieurs.
De son côté, le Sénat vient d’adopter, début novembre, un projet de loi portant sur la sobriété numérique et la formation des ingénieurs informaticiens. La CTI (Commission des titres d’ingénieur) s’est elle aussi emparée du sujet, et prévoit de mettre en place des cours dès septembre prochain. La démarche d’Ecolog est donc pleinement en phase avec les préoccupations actuelles.

(1) Répertoire national des certifications professionnelles.
(2) Direction interministérielle du numérique
(3) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

En savoir plus

Lire la tribune d'expert parue dans L'Usine Nouvelle

Publié le 04.01.2022

par Fabienne MILLET-DEHILLERIN

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