Covid-19 : le DSEE dans le consortium de recherche français pour recycler les masques usagés

Le Département Systèmes Energétiques et Environnement (DSEE) d’IMT Atlantique apporte son expertise dans le cadre du consortium scientifique français visant à trouver une solution de recyclage des masques usagés. Ce consortium réunit une vingtaine d’équipes* dont celle d’IMT Atlantique qui s’active depuis près d’un mois pour expérimenter les solutions envisagées sur les bancs de tests de la halle de recherche du campus nantais … avec des premiers résultats prometteurs !

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Pourrait-on réutiliser les masques chirurgicaux et FFP2 sans risque ? C’est l’idée lancée par Philippe Cinquin, professeur à l'Université Grenoble-Alpes, directeur du laboratoire TIMC-IMAG, qui coordonne aujourd’hui le consortium (lire son interview dans le journal du CNRS) composé de médecins, virologistes, hygiénistes, physiciens, ingénieurs des matériaux et industriels, de laboratoires du CNRS et du CEA. Il s’est tourné très tôt vers l’équipe de chercheurs travaillant sur la filtration des aérosols du laboratoire GEPEA (UMR CNRS 6144), cette équipe étant reconnue pour son expertise sur la filtration appliquée au traitement de l’air avec un focus particulier sur la qualité de l’air vis-à-vis des concentrations en particules et microorganismes.

Masques expertise équipe
Illustrations des dispositifs expérimentaux dans le domaine d'expertise de la filtration des aérosols.

Tout en respectant les mesures liées au confinement, une équipe constituée de 3 chercheurs et 2 personnels techniques a mis en place au sein du DSEE un banc de test très proche des conditions de la norme s’appliquant aux masques chirurgicaux pour tester leur performance après traitement. Les premiers essais de filtration ont débuté le 19 mars et se sont poursuivis à raison de deux jours par semaine. « L’équipe a déjà caractérisé les performances de filtration de 7 modèles de masques (chirurgicaux et FFP2), neufs, neufs-traités et usagés-traités, à raison de 2 voire 3 répétitions par échantillon, » explique Yves Andres, responsable du DSEE qui souligne combien « la contribution des personnels techniques sollicités dans l’urgence pour développer des solutions techniques et mettre en place les conditions d’expérimentation a été déterminante, et je remercie Yvan Gouriou et François-Xavier Blanchet pour leur implication. »

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Stérilisation, irradiation, lavage...

Le challenge est bien « d'éliminer la charge microbienne des masques après une première utilisation tout en garantissant le maintien de leur niveau de performance» souligne Laurence Le Coq, directrice de la recherche et de l’innovation d’IMT Atlantique. « Il ne s’agit pas de passer un masque à la machine à laver. Tout un protocole est à imaginer pour les recycler tout en conservant leurs qualités intrinsèques pour qu’ils répondent aux normes et présentent le même niveau de sécurité qu’un masque neuf pour ceux qui les porteront. »

Recyclage des masques

"La vérification du maintien des performances des masques est faite en comparant les efficacités de filtration des masques neufs et traités vis-à-vis des particules dont le diamètre varie de 0,3 à 3 µm, ainsi que le maintien de la perméabilité des masques", indique Aurélie Joubert, enseignant-chercheur au DSEE.
Différentes techniques sont envisagées par le consortium : le traitement par la chaleur humide en autoclave (outil qui permet la stérilisation) à 121 °C pendant 50 minutes, une exposition à l'oxyde d'éthylène connu pour ses propriétés biocides et un chauffage à 70 °C en chaleur sèche ou dans l'eau, l'irradiation par des rayonnements gamma ou bêta,  …   Les premiers tests ont permis de vérifier pour certaines leur efficacité sur les masques chirurgicaux mais pas sur les masques FP2. Les chercheurs restent donc pour le moment très prudents même si « parmi les pistes de traitements prometteurs, le traitement thermique avec une chaleur sèche semble démontrer une certaine efficacité dans le maintien des performances des masques », explique Laurence Le Coq.

Le consortium interdisciplinaire a rejoint la « task force » internationale «ReUse » avec laquelle les résultats seront partagés. Une fois les résultats validés par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), toute une logistique restera à envisager pour la mise en œuvre des solutions de recyclage au plus près des personnels soignants.

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* Le consortium : Philippe Cinquin (TIMC (Unité CNRS-UGA-G-INP-VetagroSup)/ CIC-IT1406 (Inserm/DGOS/CHU de Grenoble/ Université Grenoble Alpes)), Jean Pierre Alcaraz (TIMC), Caroline Landelle (TIMC /Service d’Hygiène, Pôle de Santé Publique, CHUGA), Catherine Guimier-Pingault (Service de Stérilisation, Pôle Pharmacie CHUGA), Laurent Cortella (ARCNUCLEART, CEA-Grenoble / NIMBE, Unité CEA, CNRS, Université Paris-Saclay,  CEA  Saclay / Des-Service d'Étude du Comportement des Radionucléides (SECR), CEA, Université Paris Saclay), Laurence Le Coq (IMT Atlantique, GEPEA), Aurélie Joubert (IMT Atlantique, GEPEA), Yves Andrès (IMT Atlantique, GEPEA), Sandrine Chazelet (INRS Nancy), Sophie Rouif (IONISOS & STERYLENE), Muriel Ferry, Sylvaine Le Caër  et Stéphane Esnouf (ARCNUCLEART, CEA-Grenoble / NIMBE, Unité CEA, CNRS, Université Paris-Saclay,  CEA  Saclay / Des-Service d'Étude du Comportement des Radionucléides (SECR), CEA, Université Paris Saclay), Laurent Heux (Cermav), Jean-Paul Brion (PUMA), Olivier Epaulard (PUMA), Sophie Silvent, Isabelle Bourdry et Maud Barbado(CIC-IT1406), Valentin Paran (TIMC), Théophile Tiffet (TIMC, CIC-IT406), Max Maurin (Service de bactériologie, CHUGA), Olivier Terrier (Equipe VirPAth, Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI), Unité INSERM/ CNRS/ENS Lyon/ Université Claude Bernard Lyon 1), Patrice Morand, Pascal, Poignard et Raphaële Germi (Service de Virologie, CHUGA), Daniel Garin (ARTELIA), Abdelaziz Bakri, Nawel Khalef et Joël Gaffé (TIMC), Camille Ducki (Direction de la Recherche en Santé et Innovation, CHUGA), Jean-Michel Nguyen (CHU de Nantes), Yves Dubief (LEGI, unité CNRS- UGA), Dominique Thomas (LRGP, unité CNRS/Université de Nancy), Marine Beaumont (CIC-IT1433, unité INSERM-CHU Nancy), Jacques Felblinger (CIC-IT1406), Jean-Luc Bosson et Alexandre Moreau-Gaudry (TIMC et CIC-IT1406)

Publié le 09.04.2020

par Fabienne MILLET-DEHILLERIN

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